Cannibale improvisé (par Osama T.)

Osama a écrit un récit à partir de la phrase « Je viens de tuer ma femme » extraite du roman d’Emmanuel Pons. Les autres MUC ont trouvé l’histoire un peu glauque… Ils m’ont même demandé « Vous n’allez pas la publier quand même? ». Et si, je la publie parce qu’elle est assez drôle et originale! En plus, je ne vois pas pourquoi je briderai un tel esprit créatif… Si vous lisez cette histoire, n’hésitez pas à laisser un commentaire pour dire ce que vous en pensez!

Je viens de tuer ma femme. Je ne rigolais pas quand je lui ai dit que c’était à son tour de faire la cuisine. Voilà ce qui se passe quand une femme désobéit à son mari. Il fallait tout le temps qu’elle me contredise,  qu’elle fasse les choses d’une autre façon que la mienne. Cette fois, elle a bien compris qui était le dominant. Maintenant, je dois penser à la manière dont je vais annoncer son décès à ses parents et plus grave surtout, je dois faire disparaitre son cadavre. Mais avant toute chose, je vais commencer par profiter de ce moment avec elle. Je lui ai tranché les veines afin d’en siroter le sang puis je m’en suis aspergé sur tout le corps. C’est alors qu’à ma grande surprise, un gargouillement s’est fait entendre dans mon corps: c’est que j’avais faim. Par chance, j’avais de la viande fraiche qui gisait sur mon tapis donc je l’ai mise sur le barbecue et je l’ai tailladée  et découpée de façon à faire des brochettes. Ensuite, je comptais appeler ses parents sauf qu’en y repensant, appeler ses parents n’aurait été d’aucune utilité car vu l’heure, je me suis dit qu’ils étaient sûrement en train de dormir. Je leur enverrai un courrier avec les restes de cette femme. Vu que je me suis enfin débarrassé d’elle, il me faut une nouvelle conjointe de préférence maghrébine car elles sont douées pour satisfaire leurs hommes. C’est ainsi que débute mon histoire.

Le camion (par Audrey C.)

Audrey a écrit une courte nouvelle inspirée de faits réels à partir de la simple phrase « Le camion avance », extraite du Dieu des papillons de Jacques Lanzmann.

Le camion avance. Dans cette petite ruelle d’un petit village. Ce n’est pas habituel, de voir un camion de ce gabarit, si haut et si large, emprunter cette ruelle peu connue et si étroite, généralement utilisée comme raccourci par les habitants. Le camion roule doucement, pas plus vite qu’il ne devrait; son allure est même plutôt lente par rapport à la vitesse autorisée. Une jeune femme d’une vingtaine d’années, écouteurs dans les oreilles et sourire aux lèvres, traverse sans vraiment regarder. Elle n’a pas vu le camion pourtant si imposant. Le camion la percute. Le routier s’arrête instantanément. Il ne comprend pas ce qui s’est passé, il ne l’a pas vue: il ne pouvait pas la voir. Cette fille est décédée ce jour-là en partant à l’université comme tous les jours, par le chemin qu’elle empruntait depuis toujours. Le conducteur de ce fameux camion, lui, est descendu de son véhicule, ce jour-là, totalement paniqué. Il a crié en apercevant la jeune fille étendue sur le sol avant d’appeler les secours, en pleurs, sous le choc. Il ne le savait pas encore mais c’était déjà trop tard. Cet homme ne s’en est jamais remis. Une dizaine d’années plus tard, il passe encore tous les mois, à la date de l’accident, déposer des fleurs à cette intersection, devant le panneau Stop installé après ce drame. Cet accident a détruit deux vies: celle d’une jeune fille de vingt ans tout juste, passionnée de natation et pleine de vie, et celle d’une homme d’une quarantaine d’années, père de famille, homme banal et sans histoires. Ses filles ont à peu près le même âge que la jeune fille qu’il a renversée… Hanté par cet évènement, il est incapable de se le pardonner.

Envie de partir (par Camille C.)

Voici une courte nouvelle écrite par Camille. Le but de l’exercice était de trouver une chute surprenante… 

Je lui avais bien dit que je voulais que l’on parte. Je lui expliquais que c’était là-bas que nous pourrions enfin goûter au bonheur, à la légèreté.

Après une longue hésitation, il était finalement d’accord avec moi. Il avait lu dans les livres l’endroit formidable qui nous attendait. Les paysages seraient magnifiques, l’air pur et nous serions désormais en parfaite harmonie.

Nous ne manquerions certainement pas à nos enfants : ils étaient âgés et n’avaient plus besoin de leurs parents à proximité. Et puis, finalement, nous resterions tout de même proches d’eux.

En ce qui concernait nos emplois, ils ne nous manqueraient pas, c’était certain. J’effectuais en effet, depuis toujours, un travail pénible, payé une misère, et en ce qui le concernait, lui, son patron lui faisait vivre un enfer.

Notre vie, ici, était plus un calvaire qu’autre chose : nous devions partir, quitte à tout quitter.

C’est pourquoi nous avons donc, au bout d’un an de réflexion, pris cette décision, aussi magnifique et horrible soit-elle.

Nous nous embrassons sur cette terre une dernière fois et lâchons des pieds le tabouret qui nous soutient, en parfaite synchronie.

 

Je viens de tuer ma femme (par Julien M.)

Julien a écrit un texte plein d’humour à partir d’une phrase tirée du roman Je viens de tuer ma femme d’Emmanuel Pons.

Je viens de tuer ma femme.

Elle le méritait, assurément. Le repas qu’elle avait préparé était insipide et froid. Non seulement elle travaille à mi-temps et en plus de ça, elle fait mal à manger. Le comble !

C’est dommage, j’aurai dû la tuer après qu’elle ait fait la vaisselle et le repassage.

Demain, je ne sais pas comment m’habiller, mes chemises sont froissées. Que vont penser mes collègues quand ils me verront avec mes chemises froissées ?

D’habitude, vers 22h, ma femme me prépare ma gamelle pour le lendemain… Tant pis, j’irai au bistrot avec Michel. Le jeudi, ils font de l’andouillette délicieuse.

Il va falloir que je fasse la vaisselle et en plus de ça, je vais devoir nettoyer le sol tâché de sang.

Bon, on verra ça plus tard. Y a « C’est mon choix » sur Chérie 25 qui démarre dans dix minutes. En plus, c’est un sujet sympa sur les « tue l’amour »…  Ça tombe bien, c’est une drôle de coïncidence.

J’ai encore un dossier à finir pour demain, sinon Jean-Yves va me tuer. Ces contrôles de comptes deviennent vraiment pesants. Vivement la retraite.

Sa mort tombe vraiment mal, il y a tellement à faire dans la maison… En plus de ça, les petits-enfants viennent ce week-end.

J’aurai dû attendre la semaine prochaine avant de tuer ma femme…

L’enfer souterrain, 1ère partie (par Camille C.)

Voici le texte de Camille, qui a écrit une suite à partir d’une phrase tirée du roman Le Champ de personne de Daniel Picouly. 

Il fait nuit et je viens de me réveiller en sursaut quelque part dans la maison. Il fait noir. Je ne peux pas bouger. Enchainée au lit, je ne peux pas me repérer. Il n’y a pas un bruit, et je commence à être de plus en plus angoissée.  Les gouttes de sueur envahissent mon corps petit à petit et je pleure. Je pleure car  je ne sais pas où je suis ; je pleure car je ne sais pas comment j’ai atterri ici ; je pleure car j’ai peur.

Un bruit me fait sursauter. J’entends des pas se rapprocher de moi, mais toujours aucune lumière. Le bruit des battements de mon cœur se met à résonner dans ma tête et je n’entends plus que cela.

Soudain, une voix me ramène à la réalité. Cette voix m’est familière, ce qui, sur le coup, me rassure.

J’écoute le monologue de mon interlocuteur sans pouvoir émettre le moindre son, la moindre parole. Ma gorge se serre, les larmes coulent.

Je comprends que je ne ressortirai pas de cette maison qui est la mienne. Je comprends que je ne les reverrai plus.

Est-ce une malédiction ? Pourquoi moi ? Pourquoi nous ?

Ce tueur en série frappe depuis plusieurs semaines déjà. Tout le monde en parlait dans le village. Parce que oui, les gens aiment beaucoup parler de l’actualité ici. Il faut dire qu’il ne se passe pas grand-chose chez nous.

Tout le monde en parle, mais il faut l’admettre, personne ne s’attend à ce que cela tombe sur lui. On ne se sent d’ailleurs jamais vraiment concerné par ces faits divers jusqu’à ce qu’ils tombent sur nous, sur notre famille.

Mon interlocuteur me saisit, me détache et me fait descendre les escaliers qui mènent au salon. Là, la lumière est allumée et je les vois, morts, chacun assis sur sa chaise attitrée. Car, oui, nous sommes de ces familles qui s’assoient toujours sur la même chaise lors de passer à table.

Étonnamment, ce qui me surprend le plus à ce moment-là, ce n’est pas de voir ma famille ainsi mais de découvrir son visage.

Lui ?

Lui qui était pourtant si gentil… Mais c’est toujours ce qu’on dit lorsque l’on découvre l’identité d’un tueur…

Ma chaise est vide, je m’y assois en silence. Mes larmes ont disparu et ont laissé place à la colère. La colère de vivre si naïvement. La colère de n’avoir pas anticipé cela. Voilà la vie est ainsi.

J’attends que la minute tombe et mes yeux se ferment.

A jamais.

To be continued… (à suivre).

 

Poème mélancolique (par Marjorie B.)

Ce garçon était un poème mélancolique

Ses pensées étaient une pénombre ischémique

Tout autour de lui semblait être un lourd fardeau

Ce garçon commençait à se noyer dans les eaux

Ses membres n’étaient plus sous ses ordres

Et sa douleur s’amplifiant avait des allures de cordes

Ce garçon, enchaîné dans son mal-être

Trouva réconfort dans la douceur des lettres

Son bonheur momentané fut de me rencontrer

Quand ses mots trouvèrent un lieu où se réfugier

Ce garçon retrouvait goût à la vie

Et ses pensées si sombres avaient finalement trouvé un alibi

Pourrais-je enfin être heureux sans mentir ?

C’est la question qu’il me posa en écoutant mon rire

Je savais que je ne pourrais jamais être victime

Ne pouvant lui offrir l’estime

Son amour effroyable me prenait à la gorge

Je me surprenais à être un paon qui rengorge

A la vue de cet amour complètement fou

Je ne pouvais me résoudre à y prendre goût

Je décidai de prendre le large loin de lui

Une fois de plus le sombre souvenir torturant sa vie

Reprenait le dessus sur son âme tourmentée

Ce n’est qu’une fois sa vie enlevée

Que ses mots se sont envolés

« Et si tu n’étais pas partie » m’a-t-il écrit

« Ma vie n’aurait jamais failli »

 

A la manière de Francis Ponge

Francis Ponge est connu pour la vision poétique qu’il avait sur certains objets du quotidien (le pain, l’huitre, le cageot…). A notre tour, nous nous sommes prêtés au jeu et  le résultat est… surprenant, si l’on peut dire.

La fraise (selon  Djine)

La fraise est un fruit très séduisant au premier abord par sa couleur rouge, un rouge subtilement tape à l’œil, synonyme de passion ou de désir.

Un désir plutôt charnel de par les formes avantageuses qu’elle possède.

Ses formes sont comparables à la silhouette généreuse d’une femme qui attise la tentation de l’homme.

L’homme étant attiré par les formes charnues de la femme, l’intérieur de la fraise est tout aussi charnu et juteux, ce qui laisse libre court à l’imagination et au désir sensuel.

God Elmaleh ( selon Julien)

Couramment utilisé depuis des millénaires ;

Je peux avoir une petite ou une grande aire.

Je peux être monochrome ou bien rouge,

Fait rougir mon propriétaire ;

A ne pas confondre avec une courge,

Tout droit sortie de terre.

Je peux être transportable,

Mais ne suis pas indispensable.

A une bouteille je peux être assimilé ;

Mais attention à ce que je ne reste pas bloqué.

Je peux être nervuré ou bien tout lisse ;

Service de pièce à conviction pour la police.

Je ne vois jamais le jour ;

Pourtant je fais souvent des allers retours.

Je dois être lavé après utilisation ;

Pour sentir bon le savon.

Ne servant qu’à vos désirs,

Je ne vous procure que du plaisir.

L’eau (selon Nina)

Cette bouteille d’eau est magnifique.

Sa rigidité et sa transparence donnent l’impression d’avoir un miroir entre les mains.

Sa forme et la netteté de ses courbes font penser aux vagues d’un océan déchainé.

Et son contenu nous transporte au bord d’une plage en plein été.

La fraicheur de son eau descend et rafraichit la gorge telle une pluie dans le désert.

Evitons de la gaspiller et chérissons la comme le font les chameaux.

Les baskets (selon Marjorie)

Le gout de l’achat était amer, un peu comme la surprise du cacao Van Houten quand nous imaginions qu’il était sucré.

Mais chaque matin, je vois ces baskets qui m’attendent, telles une monture ne demandant qu’à voir du pays : « dans quelle aventure nous amènes-tu aujourd’hui ? ». La réponse est partout !

Les enfiler donne peut-être du courage ? Chaque pas est un délicieux voyage, mon pied était comme emprisonné dans un doux champ de coton. Autant à l’intérieur qu’à l’extérieur, elles étaient merveilleusement conçues, comme les pneus d’une voiture neuve à l’épreuve de chaque obstacle, on peut tout surmonter.

Elles aussi ont un soutien, rapprochant les deux parties tout comme un aimant que l’on nomme lacets.

Lorsqu’elles sont salies ou trouées, on repense à tout ce qu’on a parcouru comme chemin, où elles nous ont emmenés, mais cela sonne le temps de se séparer, de desserrer les lacets.

Le soutien-gorge (selon Camille)

La manière dont il épouse nos formes,

Rendrait fou n’importe quel homme,

Car même le plus dépressif

Serait en joie devant un soutif.

A la vue d’un push-up,

On peut être sûr qu’elle se stand up.

Il peut être de toutes les couleurs,

Uni ou bien à fleurs.

En dentelle ou en coton,

Il fera bouger ce qu’il y a dans vos pantalons.

Il soutient notre plus grand atout,

Ce qui nous fait gagner un rendez-vous.

Mais dégrafons le :

Car le soutif doit être sur nous,

Un aperçu, un avant goût.

Le croissant (selon Théo)

La surface d’un croissant est incroyable… tout d’abord car elle donne cette impression de nuage qui nous projette la tête vers le ciel. Cette forme qui donne l’impression d’être à la fois ronde et rocailleuse une fois cuite nous cache bien des choses.

Au moment d’être enfourné, il est aussi épais qu’un simple doigt. Mais au bout de trente minutes, ce doigt s’est soudainement transformé pour devenir cette chose moelleuse, appétissante, avec une odeur à laquelle personne ne peut résister. Il suffit d’une bouchée pour se rendre compte que son goût n’a rien de commun.

Cet objet ne doit pas rester au stade de simple objet: il doit être l’objet d’une dégustation raffinée qui fait que chacun de ses nuages rocailleux a un goût unique.

La cigarette (selon Audrey)

Par sa forme, elle nous fait penser à un tube.

Par son odeur, elle nous pique parfois le nez.

Visuellement, elle n’a rien de séduisant.

Et pourtant,

Il est dur de s’en passer

Quand on a commencé.

Elle nous suit toute la journée,

Mais surtout en soirée.

Elle procure un bien fou, à ce qui s’y sont habitués.

La cigarette est mauvaise pour la santé,

Mais qu’est ce qu’elle est appréciée.

Mais brûlons la :

Car la cigarette doit être allumée,

Pour être consommée.